Avide de liberté comme un loup solitaire

France, Alpes du sud

— Lancé de pied ferme dans une quête qui dure depuis maintenant deux ans.

La première journée est un choc. L’avancée est rythmée par la glace cassante. La chaleur du cocon citadin n’est plus qu’un lointain souvenir.

Dormir dans la neige fait douter mais je sais pourquoi je suis là. Les explorations révèlent des traces qui apparaissent au petit matin.

Le dernier jour, alors qu’il faut quitter le camp, une trace comme un écho, au milieu du sentier… Ils sont passés cette nuit.

« Chaque pas dans la neige me rapproche un peu plus de lui, surtout lorsqu’il s’agit d’empreintes fraîches. »

Des traces qui mèneront à un premier repaire. Un vieux garde manger avec des restes de mouflons et de l’urine fraîche.

C’est le passage furtif du loup.

— Campement sommaire à 2100m, 3 nuits sous un pin, pour déceler de nouveaux indices.

La glace se forme et se déforme au gré des caprices de l’air ambiant.
Du regard, je contemple ces sculptures qui rejoindront sous peu les eaux éternelles.

Gravir une montagne ne sert à rien tant qu’on ne l’a pas atteint.

Au sommet, deux aigles adultes sont là, ils scrutent le paysage endurci par la lumière de plomb.

Le soleil se couche enfin sur l’horizon et les chocards se jouent des courants chauds qui remontent de la vallée.
Dans un rayon de lumière, un aigle juvénile apparaît et vient se heurter aux vols de chocards ; une énergie qui se savoure et donne du sens à l’ascension d’un sommet gelé.

« Les températures sont froides, un temps parfait pour provoquer la solitude dans ces montagnes où le temps est révolu. »

Les longues nuits d’hiver s’accompagnent d’une pleine lune assidue qui perturbe le sommeil. Les matins sont glacials, difficile de quitter le duvet.

4 jours dans la neige, c’est le temps à payer pour que la nature commence à livrer des bribes de secrets. À priori le paysage est vide mais il n’en est rien : hermine, bartavelles, tétras se révèlent au grand plaisir du rêveur qui sait contempler sans déranger.

L’hermine est rapide et silencieuse, mieux vaut être éveillé à son passage furtif sous peine d’attendre un autre hasard organisé.

On dit que la lune agit sur l’énergie ; les nuits de solitude hivernale font ressortir tous les maux que l’on éprouve et qui hantent le fond de nos êtres. Tout se traduit sous forme de rêves qui apaisent des insomnies à la dérive.

De retour en ville, on en ressort comme lavé. On y voit plus clair à présent, il va falloir mettre tout ça à plat et avancer. On pense à ce secret qu’on a partagé le temps d’un hiver dans un autre monde aux allures de dimension parallèle.

— Loin des excès

Quoi de plus appréciable que de finir un cycle à 2000 mètres.
Partager au cœur de l’hiver le froid de la solitude.

Se ressourcer autour d’un feu ancestral.
Un feu qui dans la nuit sait à lui seul combler les âmes.

La neige est rare même si le froid est au rendez-vous.
Le temps d’une trêve, nous oublions le loup.

De son chant la chevêchette me salue enfin.
Un chant qui à lui seul sait guider la nuit.