Sculptons la réalité

France, Pyrénées

5 jours d’immersion dans les Hautes-Pyrénées avec le photographe Yohan Terraza.

— Nuit du 14/07/16 – Pic du Néouvielle depuis le col du Bastan
Loin de la folie, la pureté infinie.

Quand la lune se laisse chasser.
La nuit envahit les ciels,
Qui frôlent un noir obscur.

L’obscur contre la lumière.
Un combat qui n’échappera pas aux premières lueurs.

Au petit matin, la vie reprend.
La lumière s’imprègne
Dans l’horizon pastel.

L’entrée de l’astre.
S’accorder avec l’espace. S’intégrer dans le paysage.

Les 5 jours d’immersion avec Yohan se sont terminés dans la tragédie du 14 juillet, je repars à présent seul vers les Pyrénées espagnols.

Les Pyrénées espagnols sont grandioses, j’ai par moment l’impression d’arpenter un sol islandais que je ne connais pas encore.
Mes connaissances en autonomie s’affinent, je pourrai bientôt prendre la route pour de plus grandes marches en terre inconnue.

Les insectes ne laissent pas de répit à part la nuit au coin du feu où tout se calme : ils semblent apaisés. Les tiques ne sont pas de la partie dans cette vallée, une aubaine.

Hier soir, une appréhension avant de rejoindre la tente. Dans cette forêt, s’endormir avec la présence de l’ours slovène…

Les pierres chaudes dégagent un peu de chaleur. Il faut dire qu’à ces hauteurs, le temps glace. Passer outre les éléments, oublier les désagréments. Se connecter pleinement à la vie et à ses règles primitives.

Je scrute le ciel à la recherche du gypaète.
Le temps n’est rien à celui qui ne le savoure pas.

Ce matin, encore dans l’obscurité d’une nuit noire, les lagopèdes m’ont réveillés. Ils chantent avant les premières lueurs, de vrais coqs des sommets.
Se réveiller à 2500m sous ces chants rauques, ça donne un avant goût de l’arctique.
Un lagopède bat des ailes, mimétisme parfait.

Avant le col, une première plume de vautour. Elle est immense et ne rentre pas dans le sac. Plus haut, une carcasse… du moins ce qu’il en reste. Il s’agit plutôt d’un squelette à présent. La tête et le reste du corps. Il fut un temps où ce devait être un beau bélier.
Autour gisent d’autres plumes abîmées, je comprends très vite la bataille de coups de becs ardents qui s’est livrée ici.

Déterminé à finir mon itinéraire, je reprends le sentier. Parfois, quand la pente est un peu raide, je laisse filer une pierre à la verticale. Suivant où elle arrive, ça refroidit mes ardeurs.
Je pense à hier soir. Cet oiseau, au semblant maladroit qui, dans les dernières lueurs, est venu virevolter au dessus du camp ; sûrement un grand duc. Je ne vois que lui vivre à 2500m.